Sophie Fages n’a pas “appris” le networking : elle l’a pratiqué avant même de le nommer. Des relations presse aux cercles d’affaires, elle raconte comment les liens se tissent hors écrans, comment le digital a bousculé nos habitudes, et pourquoi l’IA doit rester un assistant — jamais un substitut. Une interview sur la fiabilité, la reliance, et le retour au relationnel de qualité.
Au début des années 2000, Sophie Fages ne pense pas “réseau” : elle rencontre des gens, comprend qui fait quoi, et met en lien quand cela a du sens. Son carnet d’adresses grandit par recommandations, avant de la mener aux soirées et cercles. Très vite, une question s’impose : où placer la limite entre le plaisir de rencontrer, l’engagement… et le temps pris sur le travail ?
Pour elle, le socle reste le même : tenir parole, rappeler quand c’est prévu, et faire réellement les mises en relation. Le digital apporte de la facilité, mais aussi une sursollicitation et une fatigue des canaux.
Elle continue de croire au présentiel : les outils, IA comprise, peuvent clarifier, inspirer, faire gagner du temps — sans jamais remplacer la qualité du réel. Pour la suite, elle espère plus d’intention : pourquoi y aller, ce qu’en attendre, et jusqu’où s’engager.
Comment rencontriez-vous vos contacts professionnels dans les années 2000 ?
J’ai commencé par rencontrer deux ou trois personnes, puis ça s’est fait par recommandations successives : une personne m’envoyait vers une autre, et ainsi de suite, avant d’arriver aux soirées réseau.
Comment avez-vous vécu l’arrivée des premiers réseaux sociaux professionnels (LinkedIn, Viadeo) ?
J’ai eu un compte Viadeo, mais je ne l’ai pas utilisé. LinkedIn, je commence à l’utiliser maintenant : surtout comme un prolongement d’une mise en relation (quelqu’un présente quelqu’un, puis on construit). En revanche, les réseaux sociaux type Facebook, je ne les aime pas : je trouve que ça abîme les échanges, que ça encourage la critique destructrice et le fait de se cacher derrière un écran.
Comment voyez-vous évoluer le networking dans les dix prochaines années ?
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Sophie Fages | Les chemins de reliance

À l’heure où les outils de communication n’ont jamais été aussi nombreux, Les chemins de reliance nous rappellent une chose essentielle : rien ne remplace le lien humain. Cette trilogie explore la manière dont nous créons, entretenons et faisons vivre nos relations, en plaçant l’authenticité et la responsabilité au cœur des réseaux.
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Sophie Fages n’a pas “appris” le networking : elle l’a pratiqué avant même de le nommer. Des relations presse aux cercles d’affaires, elle raconte comment les liens se tissent hors écrans, comment le digital a bousculé nos habitudes, et pourquoi l’IA doit rester un assistant — jamais un substitut. Une interview sur la fiabilité, la reliance, et le retour au relationnel de qualité.
Au début des années 2000, Sophie Fages ne pense pas “réseau” : elle rencontre des gens, comprend qui fait quoi, et met en lien quand cela a du sens. Son carnet d’adresses grandit par recommandations, avant de la mener aux soirées et cercles. Très vite, une question s’impose : où placer la limite entre le plaisir de rencontrer, l’engagement… et le temps pris sur le travail ?
Pour elle, le socle reste le même : tenir parole, rappeler quand c’est prévu, et faire réellement les mises en relation. Le digital apporte de la facilité, mais aussi une sursollicitation et une fatigue des canaux.
Elle continue de croire au présentiel : les outils, IA comprise, peuvent clarifier, inspirer, faire gagner du temps — sans jamais remplacer la qualité du réel. Pour la suite, elle espère plus d’intention : pourquoi y aller, ce qu’en attendre, et jusqu’où s’engager.
Qui étiez-vous en l’an 2000 : votre métier, votre rôle, vos ambitions ?
Au tout début des années 2000, je finissais mes études. J’ai ensuite travaillé pour un groupement dans l’industrie médicale en Languedoc-Roussillon, sans réaliser que c’était déjà du “réseau”. Vers 2001, je suis partie à Nantes dans une centrale d’achat comme attachée de presse. Là, j’ai monté un service de relations presse “partagé” pour les adhérents, un peu comme une agence intégrée. En revenant à Montpellier, j’ai créé mon agence de relations presse.
Aviez-vous déjà conscience, à l’époque, de l’importance du réseau dans votre carrière ?
Pas du tout. Je le faisais naturellement, sans me rendre compte de ce qui se jouait derrière.
Quelle était votre définition du mot “réseau” ou “relationnel” à cette période ?
Je n’avais pas vraiment de définition. Je rencontrais des gens pour comprendre qui faisait quoi, qui travaillait où, avec qui je pouvais faire des choses intéressantes, et qui je pouvais mettre en lien. J’étais davantage dans la découverte et l’initiation que dans une stratégie.
Le networking avant les réseaux sociaux
Comment rencontriez-vous vos contacts professionnels dans les années 2000 ?
J’ai commencé par rencontrer deux ou trois personnes, puis ça s’est fait par recommandations successives : une personne m’envoyait vers une autre, et ainsi de suite, avant d’arriver aux soirées réseau.
Quels étaient vos principaux canaux de communication (téléphone fixe, fax, courrier, Minitel, salons, etc.) ?
C’était surtout du physique… et du téléphone. Pas de réseaux sociaux, pas de LinkedIn, pas d’emails comme outil central à cette époque pour moi. Le Minitel, je ne l’ai utilisé que pour les résultats du bac. Les salons, j’y allais uniquement quand je travaillais pour quelqu’un (organisation/gestion presse), jamais “pour moi”.
Quels souvenirs gardez-vous de vos premières expériences dans les clubs ou cercles d’affaires ?
Je me souviens surtout d’une question qui revenait : où était la limite entre le plaisir de rencontrer des gens, de m’engager dans des associations, et le temps que ça me prenait — parfois au détriment de missions clients. J’ai d’abord intégré un réseau très informel (“les Johns”), plutôt pour le côté sympa, le lâcher-prise, le partage d’infos, pas pour “chasser du client”. Ensuite, j’ai rejoint le Club des Créatrices puis les Dirigeants Commerciaux de France : et après, un réseau en ouvre d’autres, et je me suis laissée porter.
Y avait-il une différence forte entre réseauter en France et réseauter à l’international à cette époque ?
Oui et non. Avec le réseau d’expatriés Racines Sud, je me suis retrouvée jusqu’à Dubaï, mais j’avais l’impression d’être “comme à Montpellier”, parce que c’étaient des gens du coin, on parlait français, et on avait ce besoin commun de se rapprocher de repères connus. La vraie différence, c’étaient surtout les contraintes pratiques (décalage horaire, interviews à des heures improbables).
Quelles étaient les qualités essentielles pour développer un réseau dans un monde sans messagerie instantanée ?
Faire ce que je disais : si je promettais de rappeler à telle date, je le faisais. Et si je pensais que deux personnes pouvaient se rencontrer, je faisais réellement l’échange de coordonnées ou j’organisais le café/le repas. Ne pas promettre la lune, être fiable, concret.
Quels obstacles rencontriez-vous pour élargir votre cercle relationnel, et comment les contourniez-vous ?
Je me suis rendu compte que beaucoup de gens de ma tranche d’âge étaient “fils/filles de…”, avec une culture et des entrées familiales dans les réseaux. Moi, je n’avais pas ça : mes parents n’étaient pas dans cette culture. Je l’ai parfois senti, et ça a pu me blesser. Je ne sais pas dire précisément comment je l’ai contourné : j’ai fait avec. Et je pense que ça fait partie des raisons qui m’ont poussée à lancer “Chemins de reliance”.
La révolution numérique et sociale
Comment avez-vous vécu l’arrivée des premiers réseaux sociaux professionnels (LinkedIn, Viadeo) ?
J’ai eu un compte Viadeo, mais je ne l’ai pas utilisé. LinkedIn, je commence à l’utiliser maintenant : surtout comme un prolongement d’une mise en relation (quelqu’un présente quelqu’un, puis on construit). En revanche, les réseaux sociaux type Facebook, je ne les aime pas : je trouve que ça abîme les échanges, que ça encourage la critique destructrice et le fait de se cacher derrière un écran.
En quoi l’iPhone, le tactile et Internet “dans la poche” ont changé votre façon de réseauter ?
Je n’ai jamais eu d’iPhone (je ne suis pas à l’aise avec Apple, ce n’est pas intuitif pour moi). J’ai eu des BlackBerry, mais plutôt pour l’agenda et le côté pratique, pas pour “Internet dans la poche”. Ce que le téléphone a changé, c’est aussi une forme de dépendance : je ne connais quasiment plus aucun numéro par cœur. Et les textos “professionnels” au quotidien, je m’y suis mise tard, il y a environ cinq ans.
Quel a été, pour vous, le moment déclic où vous avez compris que tout basculait vers le digital ?
Je ne pense pas que ce “déclic” soit passé pour moi. Je crois toujours énormément aux relations humaines.
Quels avantages avez-vous trouvés dans la messagerie instantanée pour le networking ?
Je l’utilise parce que c’est plus facile pour caler des choses, mais je ne la vois pas comme une révolution positive en soi.
Et inversement, quelles limites ou dérives avez-vous constatées ?
La multiplicité des canaux est pénible : groupes WhatsApp, notifications, messages LinkedIn, SMS, mails, appels… Je ne me sens pas “débordée”, mais clairement sursollicitée. Et dans le pro, chacun a son média préféré (SMS, vocaux, etc.), ce qui rend le suivi fatigant.
Avez-vous le souvenir d’un contact ou d’une opportunité marquante grâce à ces nouveaux outils ?
Oui : mon compagnon actuel (et le père de ma deuxième fille), je l’ai rencontré via Meetic. Et ma fille a même fait un petit coup de projecteur dans la presse locale à sa naissance, autour du thème des “bébés Meetic” avant la Saint-Valentin.
Vision d’avenir
Si vous comparez toutes ces étapes – du Minitel aux réseaux sociaux – laquelle a eu le plus grand impact sur vos relations professionnelles ?
Les réseaux sociaux ont eu le plus grand impact. Entre les deux, Internet a aussi été marquant pour moi, parce que je l’utilisais comme une immense bibliothèque, à une époque où on se perdait dans les liens et les arborescences.
Aujourd’hui, comment combinez-vous le digital et le présentiel dans votre networking ?
Je vois les outils (réseaux, logiciels, IA, téléphone) comme des “assistants plus plus plus” qui me font gagner du temps et m’aident à travailler autrement. Mais pour moi, ça ne remplacera pas la qualité du réel : par exemple, je peux m’inspirer avec l’IA, mais j’irai chercher un vrai graphiste pour un logo.
Comment voyez-vous évoluer le networking dans les dix prochaines années ?
Je ne suis pas sûre qu’il “évolue” sur le fond, parce qu’on aura toujours besoin de rencontres humaines. L’image qui m’est venue, c’est une soirée réseau où chacun aurait son humanoïde à côté… mais je pense surtout que ça pourrait aller vers plus de qualité : des gens qui se posent davantage les bonnes questions avant d’y aller (pourquoi j’y vais, ce que j’en attends, mes limites, jusqu’où je suis prêt à donner/à m’engager).
Selon vous, quelle place l’intelligence artificielle peut-elle prendre dans le networking, sans dénaturer la relation humaine ?
Elle peut aider à clarifier des objectifs, proposer une première lecture des réseaux pertinents selon un profil, donner des pistes d’angle et de positionnement. Mais je ne la vois pas comme un “coach” : plutôt comme un accompagnateur, parce que je veux rester libre de mes décisions. Et je pense qu’elle n’est utile que si on a déjà un minimum de culture/expertise : sinon, elle peut t’emmener n’importe où. À nous de poser des limites et de décider ce qu’on en fait.
Un souvenir ou un commentaire à nous partager
Je repense à une discussion sur la liberté : même sur une île déserte, on dépend de choses (manger, eau…), et notre liberté “s’arrête où commence celle des autres”. Donc on compose toujours. Pour moi, la reliance, la bienveillance, c’est une clé pour mieux vivre ce lien permanent. Et les outils, aussi puissants soient-ils, doivent rester des assistants : on doit éviter les dérives, poser un cadre, et garder un esprit critique — surtout si on n’a pas soi-même l’expertise du sujet.
Sophie Fages | Les chemins de reliance

À l’heure où les outils de communication n’ont jamais été aussi nombreux, Les chemins de reliance nous rappellent une chose essentielle : rien ne remplace le lien humain. Cette trilogie explore la manière dont nous créons, entretenons et faisons vivre nos relations, en plaçant l’authenticité et la responsabilité au cœur des réseaux.
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